La Caverne du Pont Neuf, œuvre monumentale imaginée par l'artiste parisien JR sur le Pont-Neuf, a ouvert au public lundi. Journaliste, autrice et conférencière spécialiste du parfum et des odeurs, Sarah Bouasse a été choisie pour imaginer l'expérience olfactive qui accompagne la déambulation des visiteurs. Elle nous explique son processus créatif.
COMMENT ÊTES-VOUS ENTRÉE DANS CE PROJET ?
« J'ai été contactée par l'équipe de JR en début d'année. Le projet était déjà bien avancé et je m'y suis greffée pour imaginer la dimension olfactive de cette caverne. »
« J'avais vu des croquis, les images 3D et à quoi allait ressembler la toile, mais je n'avais pas visité la caverne ni entendu l'étoffe sonore créée par Thomas Bangalter (ex-membre des Daft Punk, ndlr). »
QU'AVEZ-VOUS IMAGINÉ ?
« Une évidence s'est vite imposée à moi : une molécule qui s'appelle la géosmine, caractéristique de l'odeur de la terre après la pluie. Elle est fabriquée par les microorganismes qui peuplent le sol, est très naturelle, réconfortante. »
« J'ai ensuite travaillé avec Odore Scola, laboratoire de l'université de Montpellier, pour créer des accords avec une dizaine d'autres ingrédients afin de mettre en valeur cette odeur terreuse, humide, végétale. On a finalement gardé deux pistes, qui sont diffusées à divers endroits de la caverne, évoluent et interagissent. »
« Elles illustrent ce que peut sentir une caverne mais sont aussi symboliques, car elles pointent l'existence de formes de vie auxquelles on ne pense jamais, ces organismes qui créent des conditions essentielles à notre existence en fabriquant les sols et l'humus. Il y a une idée de retour aux sources. »
COMMENT S'ENTREMÊLENT LES DIFFÉRENTES PARTIES DE CETTE ŒUVRE ?
« Les expériences sonores et olfactives ont pour point commun d'avoir un côté assez minimaliste, mais elles sont vivantes et laissent apparaître de multiples facettes. La composante imprévisible était la présence des visiteurs : on ne sent pas les mêmes odeurs, on ne voit pas et on n'entend pas les mêmes choses à chaque traversée. C'est à la fois magique et réjouissant : chaque expérience est forcément unique. »
« Je me réjouis surtout qu'un artiste de l'envergure de JR choisisse d'intégrer l'odeur dans une installation si importante et si grand public, alors qu'il s'agit d'un médium assez peu utilisé dans l'art aujourd'hui. Je milite même pour la réhabilitation de ce sens dans l'expérience du monde. C'est un levier important pour ramener du concret, du réel. »