Le portrait : Oriane Beaufils, gardienne du beau
Le défi était de taille. Et elle a tout quitté pour le relever. Depuis 2023, elle est directrice de collection à la Villa Ephrussi de Rothschild et travaille à raviver l’histoire d’un site exceptionnel. Plus qu’une mission, c’est une vocation… qui l’anime depuis longtemps.
Bio express
Elle est Parisienne, une maman psychiatre, un père médecin, une grand-mère peintre à Vienne, un grand-père philosophe et musicologue. « Ma mère adorait l’art et l’Italie. Elle louait en Toscane et nous devions visiter toutes les chapelles, toutes les églises. On avait une gelato ensuite. » Oriane Beaufils et ses deux frères évoluent donc dans la musique, l’art et les livres. « Ma famille est proustienne, d’où mon prénom Oriane. » Tout ça laisse des traces : « Mon frère aîné est pianiste, mon demi-frère est écrivain. » Elle est conservateur du patrimoine, directrice de collections. « Petite, je voulais être reine de France. Mais c’est un métier qui n’existait plus. Alors j’ai émis le souhait de travailler dans un château… » Une classe prépa littéraire, une école de commerce, un cursus en histoire de l’art, et la voilà chez Christie’s. Heureuse de manipuler tant de belles pièces… mais un peu déçue de les vendre. Elle pense musée. « On a toujours une image un peu vieillotte des gens qui travaillent dans un musée, mais chacun sculpte son métier avec les outils qu’il a. » Elle décroche son concours et débute au château de Fontainebleau. Non seulement, le vœu est exaucé - « Je ne suis pas reine, mais j’ai la même maison »- mais en plus, elle dépoussière le genre. Elle sera, pendant 8 ans, un conservateur du patrimoine, en charge des peintures et des arts graphiques, ultra dynamique.
La Côte d’Azur
« Fontainebleau, ça a été un grand amour. Très dur de partir. D’ailleurs, j'ai postulé à Ephrussi en 2019. J’étais prise mais pas prête. En 2023, c’était différent. » Ici, il y avait tout à imaginer. Énormément de travail - inventorier, restaurer, travailler sur l’histoire de la famille, rédiger, etc. -, certes, mais un cadre magique et une équipe enthousiaste. « Même dans les moments durs - partir de zéro, c’est éprouvant - Muriel Mayette-Holtz, Nathalie Savignard et l’académie ont formé un cercle vertueux, très soutenant. » Oriane Beaufils ne perd pas le lien avec Paris : « Jusqu’au 26 juillet, une partie de la collection est au Mobilier national. » Elle crée des ponts qui offrent « de reconsidérer Béatrice de Rothschild, cette maison, cette collection. »
Des projets
« Je me marie dans un mois ! » souffle-t-elle, enjouée. « Côté villa, je découvre des chefs d'œuvres absolus toutes les deux semaines dans les réserves… Mon grand objectif, c’est d’achever cet inventaire. Et puis nous allons valoriser la collection de porcelaine de Sèvres, l’une des plus belles d’Europe. Il y a aussi tout ce qui concerne la Renaissance italienne, chère à mon cœur. Bientôt, je réunirai des experts autour de l’art asiatique… » L’idée, c’est que chaque visite soit différente. Et que vive ce riche patrimoine qu’elle porte en étendard, où qu’elle aille.
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