Samuel Mantelet : « La sneakers à Strasbourg devient plus sobre »
Samuel Mantelet, expert de la sneaker, analyse l’évolution du marché à Strasbourg, qui suit celle des grandes villes françaises.
Quelles marques ou modèles dominent actuellement la scène sneakers ces derniers mois ?
« Les femmes plébiscitent Adidas avec les Gazelle, Samba et Campus, des modèles qui se portent facilement au quotidien et qui rappellent aussi une esthétique rétro très recherchée. Chez les hommes, Nike reste incontournable avec la Air Force One qui demeure une référence indémodable. New Balance, de son côté, s’est imposée comme la troisième grande marque en élargissant son public grâce à ses modèles lifestyle mais aussi à ses gammes running, devenues très visibles dans les rues. On assiste à une stabilisation du marché : la période où il fallait absolument posséder la paire la plus rare et la plus chère s’estompe, et les consommateurs privilégient désormais la durabilité et la polyvalence. »
Observe-t-on un retour des classiques ou une montée des modèles plus techniques et futuristes ?
« C’est clairement le retour aux classiques. Les modèles sobres, souvent blancs ou noirs, dominent dans les centres urbains comme Strasbourg. En revanche, dans les zones rurales ou plus éloignées, les baskets colorées trouvent encore leur place, notamment chez les femmes. La tendance qui consistait à avoir en permanence la dernière paire neuve a reculé : aujourd’hui, il est tout à fait admis de porter des baskets déjà usées, ce qui était presque inconcevable il y a encore cinq ans. On voit aussi une attention plus forte portée au confort et à l’usage quotidien plutôt qu’à l’effet de statut. »
Les habitudes d’achat des Strasbourgeois se tournent-elles plutôt vers les enseignes locales, les boutiques spécialisées ou les plateformes en ligne ?
« Les grandes enseignes comme Courir, Foot Locker ou JD Sports attirent toujours un large public, surtout pour les sorties de modèles grand public. Les boutiques spécialisées comme Impact Premium, Urban Shooz ou Basket 4 Ballers continuent d’avoir une clientèle fidèle, car elles offrent un conseil et une sélection différente. Mais aujourd’hui, la plateforme dominante reste Vinted, qui s’impose comme le premier revendeur en France. Cela a profondément changé les habitudes : beaucoup de jeunes préfèrent chercher une paire d’occasion en ligne plutôt que de passer par un magasin physique. Ce phénomène a contribué à la fermeture de boutiques locales comme La Consigne Store, qui n’ont pas pu résister à cette concurrence massive. »
Y a-t-il des événements, des collectifs ou des lieux à Strasbourg qui contribuent activement à faire vivre la culture sneakers ?
« Il y a eu une vraie dynamique il y a quelques années avec l’association Sneakers Empire, que j’ai cofondée. On organisait des rencontres, des expositions, des événements de revente et de culture autour de la basket. Aujourd’hui, l’activité de ce collectif s’est réduite à une émission de radio hebdomadaire, ce qui illustre bien le ralentissement de la culture sneakers locale. La bulle spéculative a éclaté : on est passé d’une effervescence avec des files d’attente pour chaque sortie à une normalisation, où la sneakers est redevenue un produit de consommation courant plus qu’un symbole social. »
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