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Jeudi 21 mai

L'entretien : Laura Cassarino, directrice du Mira

Rédigé par Sailesh Gya
À la tête de MIRA, Laura Cassarino poursuit le rôle des fondatrices de la cinémathèque : rendre accessible au plus grand nombre le regard des Alsaciens sur le monde (Crédit : MIRA).

À l’occasion des 20 ans de la cinémathèque régionale numérique MIRA, cette dernière et le cinéma Cosmos organisent une projection ce soir, à partir de 19h. La rédaction de l’Essentiel Strasbourg est allée à la rencontre de Laura Cassarino, directrice de MIRA depuis 2021, pour revenir sur le parcours, les objectifs et les défis de la cinémathèque.

Quel est le rôle de la cinémathèque, encore parfois méconnu du grand public ?

  • « Nous nous occupons de tout le patrimoine audiovisuel alsacien, tous les films amateurs qui ont été tournés depuis 1923, que ce soit dans un cadre familial, associatif ou par des collectivités par exemple. Aujourd’hui, nous avons 6500 films qui composent nos collections. On en reçoit chaque année des centaines, et nous les sélectionnons selon plusieurs critères : la qualité de l’image, le sujet (est-ce qu’on en a des similaires dans les collections), et l’ancienneté du film. »
  • «  Cependant, il y a une idée reçue à combattre : tous les films ne traitent pas forcément de l’Alsace.  Les citoyens ont filmé dans le cadre de leurs voyages, on a des images qui vont de l’Amérique du Sud dans les années 60 à une mission humanitaire au Pérou, en passant par les États-Unis, l’Asie, la vie dans les anciennes colonies en Afrique de l’Ouest également. Plutôt qu’une approche de l’Alsace, même si nous avons des documents exceptionnels de la région - l’entre-deux-guerres, l’annexion, la vie populaire des années 30 aux années 80, les métiers d’époque, c’est le regard des Alsaciens sur le monde qui nous intéresse. »

Quelles ont été les grandes étapes de MIRA, et quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

  • « Ce qui a été important, ça a été de convaincre de l’importance de ce patrimoine pour la jeune génération, pour les historiens, et pour réussir à sortir des grandes idées autour de l'Alsace et des gens qui y ont vécu. Nous avons beaucoup travaillé sur cette mise en avant et aujourd’hui nous sommes soutenus financièrement par la Ville de Strasbourg, la Collectivité européenne, la Drac, la Région Grand-Est… MIRA a pu se professionnaliser au fil du temps, avec une construction juridique des traitements des films, une réelle politique éditoriale aussi.  »
  • « On a énormément de projets. Après la pellicule, on s’intéresse tout particulièrement aux formats VHS, pour couvrir une période qui nous manque entre les années 80 et 2000, le passage à l’an 2000, et qu’on aimerait raconter. On s’intéresse également à l’ouverture de l’Alsace, montrer que la région est le résultat de personnes issues d’autres parties du monde, et qu’elle a été construite avec cette diversité. Et, enfin, nous portons une attention toute particulière à travailler ces collections avec les plus jeunes, pour leur permettre de s’ancrer dans leur territoire, et les personnes plus âgées, qui se connectent à leur mémoire ancienne et dont nous récoltons les témoignages, qui nous sont particulièrement précieux. »

Quels sont les défis auxquels la cinémathèque est confrontée ou pourrait être confrontée dans un futur proche ?

  • « En numéro un, c’est la question de l’écologie. Comment conserve-t-on cette mémoire dans des conditions optimales ? Les films sont conservés dans des serveurs très lourds, est-ce vraiment intéressant de les garder pour les générations futures s’il n’y a plus de planète dans ce futur-là ? Il y a aussi la question du coût humain, nous sommes une petite équipe... Comment traiter tous les documents (visionner, sélectionner, numériser, monter, documenter, vendre dans le cas d’autres documentaires ou films…) avant la disparition de ces ressources ? Il nous faudrait être deux fois plus nombreux car, aujourd’hui, entre le moment où une collection arrive dans le bureau et le moment où elle est mise en ligne, il se passe à peu près deux ans. »

S'INFORMER : Pour en savoir plus sur MIRA ou avoir accès à leurs archives, rendez-vous ici.

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