L'entretien : Jamilah Haddoum, au bout de l'effort le bout du monde
Accompagnée de neuf jeunes du quartier du Neuhof, Jamilah Haddoum a pris le départ ce matin à 2h pour une croisière d'une semaine en Amérique du Sud, un voyage financé grâce à une mobilisation ayant permis de récolter 40 000 euros.
Sept ans de préparation, c'est long. Quels ont été les moments les plus difficiles pour motiver les jeunes ?
« C’était la durée nécessaire pour mener à bien un tel projet qui a vu des collégiens devenir des étudiants. Le plus complexe a été de gérer les phases de découragement où ils ne croyaient plus en leurs chances d'atteindre leur objectif. »
« Passer d'un rêve d'enfant à la réalité du travail a provoqué des coups de mou, mais leur persévérance a finalement payé puisqu'ils n'ont jamais abandonné. »
Quelle action a été la plus déterminante pour constituer la cagnotte de 40 000 euros ?
« La réussite repose sur une multitude de prestations concrètes, comme le nettoyage de voitures ou le service lors de mariages. Pour convaincre, il a fallu garantir un niveau d'exigence élevé, notamment en apprenant aux jeunes les codes de l'hôtellerie afin qu'ils soient fiers de la qualité de leur travail. »
« Le partenariat de six ans avec le Zénith de Strasbourg, pour lequel les jeunes réalisent des enquêtes de satisfaction, a été un pilier financier majeur. »
Pouvez-vous citer un exemple concret de l'autonomie acquise par ces jeunes ?
« L'impact éducatif était ma priorité absolue, bien plus que la destination finale. Un exemple frappant est la gestion directe du budget : ce sont les jeunes eux-mêmes qui ont prospecté et réservé la maison où ils logeront à Miami en comparant les prix. »
« Là, ils partiront sur un grand bateau de croisière, en fait le plus grand navire du monde, l'Icon of the Seas, vers les Caraïbes, avec des escales au Mexique, aux Bahamas et au Honduras. Entre-temps, ils ont appris à ne pas dépenser inutilement pour préserver la cagnotte commune, développant des compétences de gestion qu'ils pourront désormais appliquer dans leur vie personnelle ou familiale. »
Comment ce projet issu du quartier du Neuhof peut-il en inspirer d'autres ?
« L'idée est de montrer que « si eux l'ont fait, d'autres peuvent le faire ». Le CSC Neuhof soutient ces initiatives car elles transforment des jeunes qui ne se connaissaient pas forcément en une équipe soudée, capable de s'impliquer bénévolement pour le quartier. »
« Même si l'investissement est épuisant pour les animateurs sociaux, communiquer sur ce succès peut encourager d'autres structures à prendre la relève et à lancer des défis similaires. »
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