L'entretien : Mieux soigner l’insuffisance cardiaque en Alsace
Le docteur Florian Zores, cardiologue et coordonnateur du programme CoPilot’PIC, revient sur les enjeux de santé publique, les faiblesses du suivi actuel et les solutions concrètes mises en place pour améliorer la prise en charge de cette maladie encore trop sous-estimée.
Qu’apporte concrètement le programme CoPilot’PIC par rapport aux parcours actuels ?
« Pour l’insuffisance cardiaque, il n’y a pas vraiment de parcours actuel. Il y a le parcours théorique qu’on aimerait bien tous voir exister, mais en réalité il n’existe pas. Les patients sont souvent perdus de vue et ne sont pas pris en charge correctement. C’est pour cela que le programme CoPilot’PIC a été créé et soutenu par les tutelles, l’Eurométropole, l’ARS et la CPAM, pour structurer enfin un parcours de soins cohérent. »
Comment ce dispositif peut-il réduire la mortalité en Alsace ?
« L’objectif est de proposer un diagnostic rapide, sous 48 heures, pour éviter les retards de prise en charge. 15 252 patients sont concernés dans le Bas-Rhin, avec un taux de ré-hospitalisation de 23 % à 6 mois, un recours à la réadaptation cardiaque inférieur à 1 %, et une mortalité à deux ans de 25,4 % qui grimpe à 43,7 % en cas de ré-hospitalisation. Ce dispositif permet de rapprocher le cardiologue du patient, de s’assurer que les traitements sont bien mis en œuvre, que la réadaptation est proposée et que les suivis sont respectés. C’est ainsi qu’on peut réduire les décompensations, les hospitalisations répétées et, à terme, la mortalité. »
Comment allez-vous assurer une meilleure coordination entre les professionnels de santé ?
« Nous avons une secrétaire et une infirmière en pratique avancée dédiées à la coordination, ainsi qu’un réseau de cardiologues mobilisés. Les outils informatiques et les plateformes de télésurveillance sont en cours d’adaptation pour ce parcours. Les outils existent, mais la difficulté reste la mise en œuvre humaine et le temps nécessaire pour assurer cette coordination. L’objectif est de suivre 500 patients par an »
Quels signes le grand public doit-il connaître pour détecter l’insuffisance cardiaque plus tôt ?
« Il y a quatre signes cliniques faciles à retenir grâce à l’acronyme EPOF : E pour essoufflement, P pour prise de poids, O pour œdèmes et F pour fatigue. Pris isolément, ces symptômes ne sont pas forcément alarmants, mais leur association sur quelques semaines doit alerter. Lors de la journée du 11 octobre place Kléber, un dépistage gratuit avec dosage au doigt sera proposé aux personnes présentant ces signes pour orienter rapidement les cas suspects vers un cardiologue. »
S'INFORMER : Une journée d’information sur l’insuffisance cardiaque se tiendra le 11 octobre à la salle de l’Aubette à Strasbourg de 9h à 18h, en lien avec le lancement du parcours de soins coordonné CoPilot’PIC.
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