Rencontre avec Alexandre Jardin : « L'Amour n’est plus aimé aujourd'hui »
Alexandre Jardin part dans son nouveau roman à la rencontre de Xi, princesse du Qinghai, figure mythique chinoise, à qui l'auteur attribue l'invention de l'Amour, qu'elle nomme en s'éveillant à ce sentiment en 1267 av. Jésus-Christ. Avant, le mot n’existait dans aucune autre civilisation.
Comment la princesse Xi vit-elle cette découverte ?
« Elle le découvre comme une puissance de changement, ce que l'amour est fondamentalement. Pas une variation de degré d’un sentiment, mais une variation de la nature de l’être. Quand elle s'éveille dans l'amour aux côtés de Cheng, c'est une extraordinaire force de changement pour elle, sa famille et les autres. »
Qui était cette femme ?
« J'ai appris l'existence de Xi en discutant avec un historien vietnamien. C'est compliqué de distinguer ce qui relève du réel et ce qui relève du mythique, mais ce n'est pas important pour moi. La seule chose certaine est que le mot apparaît à un moment, en chinois, et qu'il fonctionne encore. Avec lui émerge le moi du "je t’aime", la révolution de l'individualité et la possibilité de se choisir plutôt que de se fondre dans le collectif ».
Vous insistez sur la puissance transformatrice de l'amour...
« L'Amour n’est plus aimé aujourd'hui. Il est réduit à une émotion, plus ou moins passagère, alors que c'est une force qui s’éveille très profondément quand on tombe amoureux. Il offre une pleine puissance, de la créativité, de l'audace : on entre dans le maximum de nous-mêmes.
Je ne veux plus d’un monde profondément sali par l’absence de ce sentiment. Pour le rappeler, rien de mieux que d’écrire l’histoire de celle qui s’est éveillée à elle-même ! Plus qu’un roman, plus qu’une love story classique, c'est un appel à entrer dans cette dimension géniale de l'amour. »
Votre récit nous éclaire en creux sur la vision occidentale de l'amour...
« Nos histoires d’amour sont les héritières des mythes occidentaux du XI-XIIe siècle, qui décrivent l'amour à travers l'intensité de la séparation et du manque. Je trouve à ce titre que notre mythologie est pauvre. Xi et Cheng ne magnifient pas ce manque qui marque tous nos grands textes. C'est plus intéressant d’être force de changement à deux !
Je préfère de loin Xi à la princesse de Clèves ! Je ne crois pas que j’écrirais encore sur le sujet. Xi est au summum que je peux écrire, l'héroïne ultime de l’amour – puisqu'elle en est la source. Elle est la femme-vie. Les autres seront plus modestes. »
👉 Alexandre Jardin, La femme qui inventa l'amour, Michel Lafon, 320 p., 20,95 €.
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