Rencontre avec Éric-Emmanuel Schmitt : « Mon modèle d'écrivain est un musicien : Mozart »
Éric-Emmanuel Schmitt publie chez Albin Michel Juste après Dieu, il y a papa, un roman racontant l'histoire de la famille Mozart : Léopold, le père, Nannerl, la sœur éclipsée pourtant toujours aimante, et bien sûr Wolfgang : le fils prodig(u)e.
Quel est l'histoire de votre lien à Mozart ?
« C'est un lien vital : Mozart m’a sorti d’une dépression adolescente à 15 ans. J'éprouvais ce désarroi propre à ce moment de la vie, une attitude de fuite. J’avais prévu la fuite la plus fondamentale. Un jour, une professeure de musique a emmené 5 élèves à une répétition à l’Opéra de Lyon. Sur scène, une femme s’est mise à chanter un air des Noces de Figaro, et en 4min30, tout avait changé : j'étais guéri, j'avais envie de vivre. S'il y avait autant de beauté sur terre, je devais rester. »
Est-ce difficile d’imaginer l’intimité de Mozart ?
« Mon matériau de travail n'a pas été les livres des autres, mais la correspondance de la famille Mozart. Je connais beaucoup de choses qu'on a écrites sur Mozart, et je trouve qu'on a été totalement injustes par rapport au père. Je préférais laisser tout ça de côté, repartir à la source dans cette correspondance.
Les lettres citées et certains éléments de dialogue sont issus de ce corpus extraordinaire composé de centaines et centaines de lettres. »
Votre propre expérience comme fils, comme père est-elle entrée en jeu ?
« Forcément ! On écrit toujours à partir du lieu où on est, de son âme – même quand on a de l’imagination, du savoir, ce qu’il faut pour écrire ces livres. Mon expérience de fils et de père entre en jeu. Je montre les ambivalences de chacun : je ne juge pas les personnes ; je montre ce qu'il y a de généreux dans la fonction de père. Léopold est un grand père : il offre à son fils la musique. Il a conscience de ses limites, fait preuve d'humilité, de dévouement.
J’ai choisi de raconter la relation père-fils à travers les Mozart, cette nécessité de tuer le père, cette dissymétrie ingrate : un fils tue – le père refuse de tuer son fils. »
Êtes-vous musicien ? Trouvez-vous des similitudes entre création musicale et littéraire ?
« Je joue du piano. Quand j’écris, je cherche la musique de ma langue. Et mon modèle d'écrivain est un musicien : Mozart. Il faut être très savant pour être simple, et il était le plus savant de son temps. Cette amabilité, cette façon d’écrire sans pause, pour ne pas surjouer l’émotion quand elle arrive... C'est une sorte d’élégance, de pudeur que j’essaye d’avoir. Pour moi, la musique est l'art suprême. Je suis jaloux des musiciens au langage universel. Nous les écrivains devons mettre en branle des systèmes narratifs. Je peux passer (rarement !) une journée sans écrire et sans lire : je ne peux pas passer une journée sans écouter de musique ou regarder le ciel. »
👉 Éric-Emmanuel Schmitt, Juste après Dieu, il y a papa, Albin Michel, 208 p., 19,90 €.
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