Jeudi 5 mars
Les éditions Zulma rééditent Lire Lolita à Téhéran en poche
Rédigé par Camille Gho
Le best-seller d’Azar Nafisi a été adapté au cinéma en 2024 (crédit : Keith Morris Hay / Zulma).
Alors que les appels à soutenir le peuple iranien se font entendre depuis les discours des César jusqu'au cœur de la programmation du Printemps des Poètes, les éditions Zulma rééditent en format poche Lire Lolita à Téhéran. Un récit de Azar Nafisi à mettre entre toutes les mains.
Un récit infusé de littérature
- Le récit, entre essai littéraire et autobiographie, s'ouvre en 1995 à Téhéran avec Azar Nafisi alors professeure de lettres. Elle décide de réunir clandestinement sept de ses étudiantes dans le salon de son appartement, loin des salles de cours surveillées par le régime.
- Ensemble, elles se plongent dans les romans de Nabokov, Fitzgerald, Austen ou Henry James, des classiques occidentaux que la République islamique voudrait bannir des imaginaires.
- À mesure que les discussions littéraires s’enchaînent, les héroïnes de fiction se mêlent à la vie réelle : les jeunes femmes retirent leur voile, parlent d’amour, de désir, de prison, de guerre, de la peur et de l’exil qui se profile.
Une autrice engagée
- Née à Téhéran, formée aux lettres anglo-saxonnes, Azar Nafisi est la fille d'Ahmad Nafisi, ancien maire de la ville (1962-1963) et démocrate convaincu et de Nezhat Nafisi, la première femme membre du Parlement iranien.
- Elle a enseigné la littérature avant d’être poussée vers la sortie par l’université pour avoir refusé de porter le voile imposé après la révolution.
- Ce geste de désobéissance, loin d’être anecdotique, ancre son écriture dans une expérience concrète de la contrainte politique et du contrôle des corps féminins.
- Exilée par la suite, Nafisi poursuit son engagement par ses livres et ses interventions publiques, faisant de la défense de la liberté de lecture et de la voix des femmes iraniennes le cœur de son œuvre. Elle a obtenu la nationalité américaine en 2008.
- Son récit, longtemps censuré ou attaqué par les conservateurs, s’est imposé comme un texte emblématique des écrivaines iraniennes de la diaspora, à mi-chemin entre mémoire personnelle et plaidoyer politique.
Le paysage politique de l’époque
- Pour saisir la portée de Lire Lolita à Téhéran, il faut la replacer dans l’Iran post-révolutionnaire, marqué par la mainmise des fondamentalistes. Depuis les années 1980, le régime a fait du contrôle des femmes un pilier de son ordre moral et politique.
- Ces dernières années, les vagues de contestation, des mobilisations de 2019 aux manifestations des derniers mois, ont mis en lumière l’ampleur du rejet populaire de ce système, malgré une répression toujours plus violente.
- Dans cette longue histoire de résistance, le cercle de lecture imaginé par Nafisi apparaît comme l’ancêtre discret de ces mouvements : un micro-espace de dissidence où les femmes peuvent s'exprimer et nourrir une réflexion libre.
👉 Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran, Zulma z/a, 528 p., 11,95 €.
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